Érythrée : retour d’expérience.

De retour de son voyage en Érythrée, Monsieur Bavoil a accepté de nous faire partager ses impressions. En voici le récit, illustré de photos…

Avouons-le humblement, pour nous, l’Érythrée : c’est une « terre inconnue ». Et pour sûr, pas un but de voyage. Une conférence organisée par Explorator, animée par José-Marie Bel, suivie d’une visite à l’espace de la reine de Saba, nous ont convaincu que cette destination pouvait-être une belle aventure !

Asmara

La capitale, ancrée sur son plateau à 2400 m. Chaude au soleil, fraîche à l’ombre. C’est notre port d’attache, on y revient après chaque escapade dans les régions. Même hôtel, même chambre. Ville paisible, les voitures s’arrêtent pour laisser passer les piétons. La nuit les chiens veillent, avis aux sommeils légers. A chaque passage, de nouvelles découvertes. En janvier, la saison des mariages bat son plein. Nous y sommes les bienvenus. L’occasion de beaux clichés.

 

L’Architecture d’époque coloniale
Le centre de l’agglomération reste dans le jus de l’époque coloniale. L’artère principale a des aires de Riviera italienne. Elle est bordée, entre autres, du théâtre et du cinéma Impero.

Le cinéma Roma, quant à lui, un peu excentré, rappelle l’âge d’or de Cinecitta. On y boit un excellent café crème. Les cafés, dans leur jus aussi, sans jeu de mot. Dans celui-ci on peut même déguster le traditionnel panettone fait sur place.

Que dire du garage Fiat à l’architecture époustouflante ? Ou du bureau de poste qui conserve toutes ses boites postales ainsi que sa table où l’on peut écrire son courrier. Un vestige de « mouillette » y trône, éponge dans son étui où tu mouilles le doigt pour mouiller le timbre. Ou encore de la pharmacie centrale ? Derrière la poste, la boutique du chapelier n’a plus de chapeaux. JC Rufin l’a décrit dans son livre Les causes perdues. On s’y croirait encore. Puis, nous traversons les Palais reconvertis et les villas du quartier résidentiel.

 

Les marchés

Nous avons déambulé dans plusieurs marchés, alternant fruits, artisanat et épices. Mais le plus original reste le « marché de la récup » où l’on recycle avec inventivité et dextérité tous matériaux et principalement les bidons de ferraille. Curieusement on y trie et broie également le piment.

 

Les lieux de culte
Les succursales des trois principales religions : orthodoxe, musulmane, catholique, semblent se surveiller. Nous avons pu, un privilège rare semble-t-il, visiter la mosquée. Quant à la synagogue, qui ne compte plus qu’une poignée de fidèles, elle se tient discrètement à l’écart. Nous ferons également une incursion dans la cathédrale orthodoxe, en principe interdite, surtout à la gente féminine. Vite chassés et portes fermées. Notre obole pour le rachat de ce péché est appréciée et l’honneur est sauf.

 

La sortie des tabots et les célébrations de Timkat
Nous avons eu la chance de pouvoir assister à la cérémonie du dimanche précédent Timkat : la sortie des « tabots ». La procession fait trois fois le tour de l’église, au pas de course, en musique, accompagnée des fidèles déchaînés.

Le lendemain, nous sommes levés aux aurores. Il fait froid mais nous avons accès à la tente des officiels. La cérémonie autour du bassin et des fonds baptismaux géants est colorée. C’est bien la première fois que je suis béni au tuyau d’arrosage. Il faut fissa s’extirper de la foule en délire pour ne pas être écrasé. Les « tabots » regagnent ensuite leurs pénates accompagnés d’une joyeuse procession que nous suivons.

 

La gare et le musée de la mémoire 

Dans la gare, il n’y a plus de trafic, seul un club d’initiés tente de perpétuer la tradition du rail mais les moyens financiers manquent pour faire rouler le matériel. Puis, nous arrivons au musée de la mémoire où se trouve un amas de véhicules issus de la guerre d’indépendance.

 

Keren et sa région

Paysages de montagne avec une multitude d’euphorbes dont certaines sont en fleurs, les villages typiques de Keren sont sous la protection d’un baobab. Les rues du vieux Keren sont en terre battue et la vie semble s’écouler paisiblement. On observe aussi de tristes vestiges de la guerre d’indépendance. Les enfants, le sourire aux lèvres, ne semblent pas s’en soucier.

Découverte du marché aux bestiaux de Keren où notre présence dénote. « Salam » par ci, poignées de mains par-là, je laisse un chamelier manipuler mon appareil photo, la glace est brisée. Puis aux produits locaux où les couleurs explosent.

La gare, sans rails ni quais est en bon état et recyclée. Les cimetières de la seconde guerre mondiale toujours bien entretenus et fleuris. Et la première cérémonie traditionnelle du café sur la route du retour prend du temps mais vaut le détour.

 

Sénafé et sa région

Sénafé offre des paysages des hauts plateaux. Tandis qu’un enfant conduit son dromadaire, d’autres sont à l’école des sœurs capucines. Ces derniers sont intrigués mais peu avares de poignées de mains et nous saluent. Pique-nique sous le célèbre Ficus, habité par de magnifiques oiseaux aux reflets métalliques.

 

Matara

Peu de restes mais de quoi faire tricoter l’imagination tout de même. L’endroit idéal pour évoquer le royaume de Saba et sa reine légendaire. Les textes lui attribuent une beauté exceptionnelle, à l’image des érythréennes sans doute ! Mais bonjour la poésie quand les
mauvaises langues, le roi Salomon y compris, l’affublent de mollets poilus et pieds fourchus ! Des jaloux pour sûr ! Plus loin, la vieille église orthodoxe sur sa colline offre une jolie vue sur l’Ethiopie, toute proche.

 

Qohaïto

Quelques belles colonnes trônent au beau milieu d’un vaste plateau, aride en cette période, mais loin d’être désert. On y garde les troupeaux et fait provision d’eau qu’il faut aller chercher fort loin et profond. Corvée réservée aux femmes, semble-t-il, qui courageusement portent les récipients sur leur dos. Ce plateau est coincé entre une vertigineuse falaise, d’où la vue porte jusqu’à la mer rouge, et une profonde faille bordée d’un chemin étroit et escarpé qui mène aux grottes peintes. Les fleurs ne semblent pas y souffrir de la soif.

 

Route de Massawa

La route d’Asmara à Massawa perd quelques 2400 m de dénivelée en un peu plus de 100km. Elle réserve de magnifiques points de vue. Les cyclistes érythréens ont la réputation d’être de bons grimpeurs, et pour cause ! Le chemin de fer longe la route, l’occasion d’admirer de nombreux ouvrages d’art plus que centenaires.

 

Massawa

La perle de la mer rouge, que l’on imagine résonnant du bruit des caravanes, du va-et-vient des boutres dans le port, puis par la suite de celui des bottes et mules de l’armée italienne. Aujourd’hui la perle a perdu de son éclat. Il reste néanmoins quelques beaux bâtiments, des ruines datant de la guerre avec l’Ethiopie. Le palais du Négus a encore fière allure bien qu’ouvert à tous vents. De même que son yacht qui rouille au mouillage devant notre hôtel. Les ports sommeillent où les bateaux attendent des jours meilleurs. Les boutres colorés vont à la pêche. On peut faire trempette à la plage ou observer les oiseaux limicoles. On y voit aussi l’ibis sacré qui en plus des rectrices aux reflets verts et violets arbore une coquetterie rose, toute féminine, sous les ailes.

 

Archipel des Dahlak 

Embarquement pour les îles avec Giuseppe et son équipe. La mer est calme. En route, arrêt pour observer les fonds marins, l’eau est douce, les poissons nombreux et colorés. Un magnifique héron Goliath et des fous nous observent. Giuseppe pêche notre repas de midi.

A Dessié nous sommes accueillis par les dromadaires. La cuisine est montée fissa pour enfin déguster le poisson grillé à l’ombre bienvenue de la tente. Visite à la population locale. Les dames s’alignent le long de la mer, les salutations faites, le marché est ouvert. Les achats terminés, le café est gentiment offert, sans arrière-pensée. Au camp la cuisinière s’active. A la nuit tombée c’est autour d’un grand feu, sous une myriade d’étoiles mais sans la lune, que notre guide nous régalera des aventures de Rimbaud, Monfreid et Kessel.

La navigation retour est quelque peu agitée et arrosée. Le débarquement sur l’ilot de Madote est aléatoire. Quelques courageux s’y risquent à la nage. Observation des fonds marins (José-Marie y débusque une raie), tour de l’île pour observer le corail rouge et les plantes endémiques. Les résidents à plumes apprécient moyennement notre intrusion, pas question de dialoguer !

 

Nous avons hâte de retrouver l’hôtel à Massawa et prendre une bonne douche pour nous dessaler. Surprise ! Panne générale d’électricité, pas d’électricité pas de pompe pour monter l’eau aux étages, faut négocier dur pour mettre en route le compresseur.
En soirée, la visite du musée de la mer tenu par des volontaires méritants, valait le détour. Sans électricité nous craignons pour notre repas. Un dîner aux chandelles s’improvise et les crevettes sont excellentes. Le Zibib (ouzo local) et la bière Asmara ravissent les gosiers.

Nous avons aimé ce voyage dans un pays attachant où nous avons vécu de grands moments comme le dit si bien José-Marie Bel. Un grand merci à ce dernier qui nous a distillé son savoir au fur et à mesure des étapes et sans qui ce voyage n’aurait certainement pas été ce qu’il a été. Merci à Thomas, notre guide local, qui a toujours eu le souci de notre bien-être et qui s’est donné sans compter pour pallier aux imperfections de la logistique. Qu’il soit assuré que ce n’était que détails face à ce que nous avons vécu ensemble.

Alain. BAVOIL

Retrouvez plus d’information sur ce voyage ici …

C 190 Erythrée


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2 commentaires sur “Érythrée : retour d’expérience.

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